Le paradoxe abstentionniste

D’après cette image, ne faudrait-il pas créer un parti abstentionniste ? Je crois que j’irais voter alors…

Sacré paradoxe : voter pour ceux qui ne votent pas, rassembler dans un même groupe de ceux qui ne se rassemblent pas, faire le parti des sans-partis… Est-ce impossible ?

D’une certaine façon, là où il y a paradoxe, il y a nécessité de trancher, de décider, tout comme en mathématique : faute de trouver le nombre de droites qui passent par deux points, on décide. Une seule droite passe par deux points ? Et l’on crée la géométrie euclidienne. Une infinité ? Et l’on passe dans un autre espace, celuis des sphères… Et en politique, il est temps de changer d’espace !

Alors, certains trancheront en considérant que le vote est un droit chèrement acquis, dont on mesure la valeur par le coût à l’obtenir (piège abscons), et que l’abstentionnisme est donc une insulte à notre histoire, et doit être effacé. Focalisés sur le maintien des valeurs du passé, ces gardiens du temple, sont garants du maintien de la structure.

D’autres, dont je fait partie, pensent que l’histoire n’est que notre expérience, que notre futur est émergent, et qu’avoir atteint une majorité abstentionniste est un point de non-retour, qui doit être pris en considération : nous sommes légion, comme autant d’anonymes, sans structure et plein d’avenir !

Alors oui, d’une certaine façon, l’abstentionnisme peut être un programme politique : refuser la segmentation binaire sclérosée de nos modèles actuels, pour affirmer la nécessité d’une société plus ouverte, plus centrée sur l’individu ou ‘bottom-up’… Une utopie diront certain, mais plus souvent pour dénigrer une reflexion plus ouverte qui perturbe leur certitudes, sans qu’ils puissent changer de modèle de pensée. L’humain moque ce qu’il ne comprend pas, comme un écho à ses propres dissonances.
Alors nos politiques, gardiens de la stabilité, ne peuvent entendre ce discours, négligeant dès lors les abstentionnistes, devenu majoritaire !

Il ne s’agit pas de s’opposer, refuser de faire société, mais le système actuel ne mène ‘mathématiquement’ qu’à la moyenne la plus fade et populiste des idées, vers un 50/50 qui revient a faire porter nos choix de société aux votes d’une minorité. Le tout sans prendre de risque, sans expérimenter, en cherchant juste à conserver son pouvoir. Nos politiques n’ont plus de vision d’avenir, d’élan de société, ils maintiennent un système qui les porte ; alors que la société est en rupture.
ET ce n’est pas en adaptant le modèle que l’on avancera, par exemple en mettant un peu de proportionelle dans la représentativité de nos élus ( de plus, le parti des abstentionnistes me semble déjà bien représenté sur les bancs de la république, quand on voit le taux de remplissage…).

La modification doit être plus radicale, et se prépare il me semble en chaque point de nos réseaux humains : les 50% d’abstentionnistes ne sont pas des inactifs, ils agissent pour certains à leur niveau, sans avoir à s’en remettre aux modèles politique. Leur action recherche plus l’efficacité que la visibilité. Ainsi naissent des monnaies libres, des fablabs, les sites de coworking, les initiatives locales, etc.

Bref, ce futur qui se prépare me semble hors du modèle actuel. Il ne peut être qu’intuité, non formalisé, et émergentiste.

Et le taux d’abstention n’est qu’une macro variable qui montre la fin d’un modèle. Je n’ai pas idée de ce qui s’en suivra, sinon le passage par une ‘catastrophe’, au sens mathématique : la fronce est déjà sous nos pieds…